Hémorroïdes ou fissure anale : comment comprendre le sang rouge et la douleur à la selle sans banaliser
Quelques traces de sang rouge sur le papier peuvent venir d’une fissure ou d’hémorroïdes. Une douleur coupante pendant la selle évoque davantage une fissure. Une boule très douloureuse apparue brutalement peut correspondre à une thrombose hémorroïdaire. Mais aucun de ces signes ne permet de conclure seul : du sang visible mérite d’être expliqué, surtout s’il revient, se mélange aux selles ou s’accompagne d’autres symptômes.
Hémorroïdes internes, thrombose ou fissure : le tableau qui aide à les différencier
| Situation | Douleur | Saignement | Autres indices | Conduite à tenir |
|---|---|---|---|---|
| Hémorroïdes internes | Souvent peu ou pas douloureuses, sauf complication ou prolapsus important. | Sang rouge vif après la selle, sur le papier ou dans la cuvette. | Sensation de descente, prolapsus, suintement, démangeaisons ou gêne. | Consultation si le diagnostic n’a jamais été confirmé, si le sang revient ou si d’autres symptômes apparaissent. |
| Hémorroïdes externes | Gêne, irritation ou douleur variable autour de l’anus. | Possible si la peau est irritée ou si une thrombose s’ulcère. | Gonflement ou repli cutané visible à la marge anale. | Avis médical en cas de douleur, gonflement nouveau, saignement ou doute. |
| Thrombose hémorroïdaire externe | Douleur brutale, souvent intense et continue, maximale dans les premières heures. | Parfois léger saignement si la peau se rompt. | Boule bleutée, dure et très sensible apparue soudainement. | Consultation rapide, surtout si la douleur est très forte ou récente. |
| Fissure anale | Douleur coupante ou brûlure au passage de la selle, parfois suivie d’une douleur durant plusieurs heures. | Petites traces de sang rouge sur le papier ou en surface de la selle. | Constipation, selle dure, peur d’aller à la selle et contraction réflexe de l’anus. | Régulariser le transit et consulter si la douleur persiste, récidive ou s’aggrave. |
| Abcès anal | Douleur intense, pulsatile, continue, souvent aggravée en position assise. | Pas toujours présent. Un écoulement de pus peut apparaître. | Fièvre, gonflement rouge, chaleur locale, malaise. | Consultation urgente. Un drainage peut être nécessaire. |
| Autre cause rectale ou colique | Variable, parfois aucune douleur. | Sang mélangé aux selles, saignement récurrent ou quantité variable. | Changement du transit, amaigrissement, anémie, glaires ou douleurs abdominales. | Bilan médical et examens adaptés. |
À retenir en 30 secondes
Douleur coupante à la selle
Elle oriente vers une fissure, surtout après une selle dure ou volumineuse.
Boule douloureuse soudaine
Elle peut correspondre à une thrombose hémorroïdaire externe.
Sang rouge indolore
Il peut venir d’hémorroïdes internes, mais leur présence doit être confirmée.
La constipation entretient les deux
Selles dures, poussée et retenue aggravent la fissure comme les symptômes hémorroïdaires.
Les hémorroïdes sont normales : c’est leur maladie qui provoque les symptômes
Les hémorroïdes sont des coussinets vasculaires présents chez tout le monde. Elles participent à l’étanchéité du canal anal. On parle de maladie hémorroïdaire lorsqu’elles saignent, se gonflent, descendent, se thrombose ou deviennent gênantes.
Hémorroïdes internes
Situées à l’intérieur du canal anal, elles donnent surtout saignement rouge, prolapsus, suintement et gêne.
Hémorroïdes externes
Situées sous la peau autour de l’anus, elles sont plus sensibles à la douleur, surtout en cas de thrombose.
Prolapsus
Les hémorroïdes internes peuvent sortir pendant la selle, rentrer seules, devoir être repoussées ou rester extériorisées.
La fissure anale : une petite plaie capable de provoquer une douleur très intense
La fissure est une déchirure de la peau du canal anal. Elle apparaît souvent après le passage d’une selle dure, mais une diarrhée répétée peut aussi irriter et fissurer la zone. La douleur provoque une contraction du sphincter, qui réduit la circulation locale et entretient la plaie.
Le cercle douleur–spasme–constipation
- Une selle dure provoque une déchirure.
- La douleur contracte le sphincter.
- La personne retient la selle par peur.
- Les selles deviennent plus sèches.
- La plaie se rouvre au passage suivant.
- La douleur peut durer plusieurs heures.
Ce qui aide à briser le cercle
- Obtenir des selles souples et régulières.
- Éviter la poussée prolongée.
- Ne pas retenir l’envie d’aller à la selle.
- Utiliser les traitements prescrits.
- Nettoyer la zone avec douceur.
- Consulter si la cicatrisation n’est pas rapide.
Constipation : le facteur commun à corriger sans créer une nouvelle irritation
Objectif : une selle souple, pas liquide
- Boire régulièrement selon ses besoins médicaux.
- Augmenter les fibres progressivement.
- Privilégier fruits, légumes et céréales tolérés.
- Utiliser le psyllium avec suffisamment d’eau si adapté.
- Bouger chaque jour.
- Répondre au besoin d’aller à la selle.
Réduire la pression aux toilettes
- Ne pas rester assis longtemps.
- Éviter téléphone et lecture prolongée.
- Ne pas pousser en bloquant la respiration.
- Surélever légèrement les pieds avec un marchepied.
- Sortir des toilettes si rien ne vient.
- Revenir lorsque l’envie est réelle.
Grossesse et post-partum : pourquoi ces troubles deviennent plus fréquents
Pendant la grossesse, les hormones ralentissent le transit, l’utérus augmente la pression pelvienne et le retour veineux devient plus difficile. La constipation, les efforts de poussée, le poids du bébé et l’accouchement favorisent les crises hémorroïdaires et les fissures.
Pendant la grossesse
Constipation, pression pelvienne, ralentissement veineux et diminution de l’activité peuvent s’additionner.
Après l’accouchement
Les poussées, le périnée sensible, la peur de la première selle et certains antalgiques peuvent entretenir la constipation.
Amélioration fréquente
De nombreuses crises diminuent dans les semaines suivant l’accouchement lorsque la pression et le transit se normalisent.
Avant de conclure à un saignement anal pendant la grossesse
Du sang aperçu aux toilettes peut provenir de l’anus, du vagin ou des voies urinaires. Il est important d’identifier l’origine au lieu de l’attribuer automatiquement aux hémorroïdes.
Origine anale possible
Sang lié à la selle, visible sur le papier, avec fissure, boule ou gêne anale.
Origine vaginale possible
Sang indépendant de la selle, présent dans les sous-vêtements ou accompagné de contractions ou douleurs.
Origine urinaire possible
Urines colorées, brûlures urinaires, envies fréquentes ou douleur lombaire.
Le sang rouge n’est pas toujours « seulement hémorroïdaire »
Ce qui peut être compatible avec une cause anale
- Petite quantité de sang rouge vif.
- Sang après une selle dure.
- Trace sur le papier ou à la surface de la selle.
- Douleur typique de fissure.
- Boule hémorroïdaire connue et examinée.
- Absence de symptôme général associé.
Ce qui impose de chercher une autre cause
- Sang mélangé aux selles.
- Saignement récurrent ou croissant.
- Selles noires.
- Glaires, diarrhée nocturne ou fièvre.
- Changement durable du transit.
- Amaigrissement ou anémie.
- Antécédents familiaux colorectaux.
Quand la consultation reste indispensable
Consultez rapidement si
- Le sang revient ou augmente.
- La douleur est intense ou dure plusieurs jours.
- Une boule très douloureuse apparaît brutalement.
- Il existe une fièvre supérieure à 38 °C.
- Du pus ou un écoulement inhabituel apparaît.
- La constipation dure malgré les mesures simples.
- Vous prenez un anticoagulant ou un antiagrégant.
Un bilan plus large est nécessaire si
- Le sang est mélangé aux selles.
- Le transit change durablement.
- Une fatigue ou une pâleur apparaît.
- Le poids diminue involontairement.
- Des douleurs abdominales persistent.
- La diarrhée réveille la nuit.
- Vous avez un antécédent personnel ou familial colorectal.
Comment se déroule l’examen médical ?
Préciser les symptômes
Le médecin demande la couleur et la quantité de sang, le moment de la douleur, la consistance des selles, les médicaments et les antécédents.
Inspecter la région anale
Une fissure, une thrombose, un abcès, une irritation ou un prolapsus peuvent parfois être visibles dès l’examen externe.
Examiner le canal anal et le rectum
Un toucher rectal, une anuscopie ou une rectoscopie sont réalisés selon la douleur et le contexte.
Élargir le bilan si nécessaire
Une prise de sang, une coloscopie ou d’autres examens peuvent être demandés si le saignement est inexpliqué, récurrent ou associé à des signes d’alarme.
Traitement des hémorroïdes : du transit à la chirurgie
Régulariser le transit
Selles souples, hydratation adaptée, fibres progressives et réduction de la poussée constituent la base.
Traitements locaux
Crèmes et suppositoires peuvent soulager brièvement certains symptômes, mais leur usage prolongé sans avis n’est pas recommandé.
Gestes instrumentaux
Ligature élastique, sclérose ou traitement infrarouge peuvent être proposés pour certaines hémorroïdes internes.
Chirurgie
Elle est réservée aux formes sévères, récidivantes, prolapsées ou insuffisamment soulagées par les autres traitements.
Traitement de la fissure : cicatriser la plaie et relâcher le spasme
Selles souples
La régularisation du transit, souvent avec un laxatif prescrit, évite que la plaie se rouvre à chaque selle.
Douleur et cicatrisation
Des antalgiques et traitements locaux peuvent être prescrits pour réduire la douleur et favoriser la fermeture de la fissure.
Fissure chronique
Des traitements visant à relâcher le sphincter, une injection ou une chirurgie peuvent être discutés si la fissure persiste.
Soins locaux : soulager sans irriter davantage
Les gestes doux
- Rincer à l’eau tiède après la selle si nécessaire.
- Sécher en tamponnant, sans frotter.
- Utiliser un papier doux non parfumé.
- Porter des sous-vêtements respirants.
- Prendre un bain tiède court si cela soulage.
- Appliquer uniquement les produits conseillés.
Ce qui peut aggraver
- Lingettes parfumées ou alcoolisées.
- Savons agressifs et antiseptiques répétés.
- Frottement énergique.
- Huiles essentielles sur la muqueuse.
- Lavements ou suppositoires en cas de fissure douloureuse.
- Grattage et humidité persistante.
Les erreurs les plus fréquentes
1. Appeler tout saignement « hémorroïdes »
Une cause fréquente ne doit pas empêcher de rechercher une autre origine.
2. Retenir les selles par peur
La rétention assèche les selles et entretient le cercle de la fissure.
3. Pousser longtemps
La pression répétée favorise le gonflement et le prolapsus hémorroïdaire.
4. Augmenter les fibres d’un coup
Gaz, selles volumineuses et douleur peuvent augmenter si la progression est trop rapide.
5. Utiliser une crème pendant des semaines
Une amélioration temporaire ne remplace pas le diagnostic.
6. Percer une thrombose soi-même
Ce geste expose à l’infection, au saignement et à une douleur accrue.
7. Faire un lavement sur une fissure
L’introduction d’un embout peut rouvrir ou irriter la plaie.
8. Utiliser des huiles essentielles localement
La muqueuse anale est fragile et les brûlures chimiques sont possibles.
9. Arrêter seul un anticoagulant
Le saignement doit être évalué, mais le traitement ne doit pas être interrompu sans consigne.
10. Ignorer une fièvre
Douleur anale et fièvre font rechercher un abcès ou une infection.
Le rôle réaliste de la naturopathie
Ce qu’elle peut accompagner après le bilan
- Hydratation et régularité du transit.
- Augmentation progressive des fibres.
- Organisation des habitudes aux toilettes.
- Activité physique douce et régulière.
- Prévention de la constipation pendant la grossesse.
- Alimentation suffisamment nourrissante en post-partum.
- Réduction du stress lié à la douleur et à la selle.
- Coopération avec le médecin, la sage-femme et le proctologue.
Ce qu’elle ne doit jamais faire
- Diagnostiquer des hémorroïdes ou une fissure.
- Attribuer tout sang rouge à une cause bénigne.
- Remplacer l’examen proctologique.
- Conseiller une huile essentielle sur l’anus.
- Faire arrêter un anticoagulant.
- Promettre de faire disparaître un prolapsus.
- Minimiser une fièvre ou un abcès possible.
- Retarder un bilan colorectal nécessaire.
Pour approfondir les symptômes associés
Questions fréquentes
Une fissure fait-elle plus mal que des hémorroïdes ?
Souvent oui. La fissure donne typiquement une douleur coupante ou brûlante pendant la selle, pouvant persister plusieurs heures. Les hémorroïdes internes saignent fréquemment sans douleur.
Une boule douloureuse est-elle forcément une thrombose ?
Non. Un abcès, un prolapsus ou une autre lésion sont possibles. Une boule apparue brutalement, bleutée et très sensible évoque une thrombose hémorroïdaire, mais un examen est nécessaire.
Le sang rouge est-il rassurant ?
Il oriente souvent vers une origine basse, anale ou rectale, mais il ne suffit pas à conclure à une cause bénigne. Tout saignement inexpliqué ou récurrent mérite une consultation.
Peut-on avoir des hémorroïdes sans constipation ?
Oui. Grossesse, diarrhée, poussée, station assise prolongée, efforts physiques et facteurs individuels peuvent contribuer aux symptômes.
Les hémorroïdes disparaissent-elles après la grossesse ?
Elles s’améliorent souvent dans les semaines suivant l’accouchement, mais une thrombose, un prolapsus ou un saignement persistant doivent être examinés.
Peut-on utiliser une crème pendant la grossesse ?
Uniquement après vérification auprès du médecin, de la sage-femme ou du pharmacien. Tous les produits locaux ne sont pas automatiquement adaptés à la grossesse ou à l’allaitement.
Une fissure chronique peut-elle guérir sans chirurgie ?
Certaines guérissent avec la régularisation du transit et des traitements médicaux adaptés. Une fissure persistante ou compliquée peut nécessiter un traitement spécialisé ou chirurgical.
Quand appeler le 15 ?
En cas de saignement abondant ou continu, caillots, malaise, perte de connaissance, vertiges importants, essoufflement, selles noires ou dégradation rapide de l’état général.
Une cause fréquente peut être bénigne, mais elle doit être confirmée
La fissure anale donne souvent une douleur très caractéristique, tandis que les hémorroïdes internes peuvent saigner sans faire mal. La constipation, les efforts de poussée, la grossesse et le post-partum favorisent les deux situations.
Le bon réflexe est de rendre les selles souples, réduire la pression aux toilettes et consulter lorsque le sang ou la douleur persistent. Il ne faut ni avoir honte de demander un examen, ni laisser une ancienne étiquette d’hémorroïdes expliquer automatiquement chaque nouveau saignement.
Sources principales
- Assurance Maladie — Hémorroïdes : définition, facteurs favorisants et symptômes
- Assurance Maladie — Hémorroïdes : que faire et quand consulter
- Assurance Maladie — Consultation et traitement des hémorroïdes
- Assurance Maladie — Fissure anale : causes et symptômes
- Assurance Maladie — Fissure anale : que faire et quand consulter
- Assurance Maladie — Consultation et traitement de la fissure anale
- Assurance Maladie — Sang dans les selles : que faire
- Société nationale française de colo-proctologie — Sang, douleur et grosseur anale
- Société nationale française de colo-proctologie — La fissure anale
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